Le Grand Palais Immersif, Rencontre avec Roei Amit

19 mars 2021

La Réunion des Musées Nationaux – Le Grand Palais a annoncé il y a quelques semaines le lancement du Grand Palais Immersif : une filiale dédiée à ses créations immersives telles que Pompéi que nous avions visitée l’été dernier. Voici une nouvelle manière d’utiliser les nouvelles technologies et de parler à de nouveaux publics. Roei Amit, directeur du numérique de la RMN-GP, nous en dit plus !

Article également publié sur UXmmersive.

Pourquoi avoir créé Grand Palais immersif, une filiale dédiée au sein de la RMN ?

Roei Amit : Il y a deux éléments qui ont conditionné la création du Grand Palais Immersif. Le premier est un effet d’opportunité. Nous avons saisi l’appel à manifestation d’intérêt sur la culture et le numérique proposé dans le cadre du programme Investissement d’Avenirs (PIA). Il s’agissait de proposer des partenariats publics et privés pour imaginer la manière de produire la culture de demain à l’aide du numérique.

Le second nous vient de l’expérience.
Dans les faits, la Réunion des Musées Nationaux s’intéresse aux expériences immersives depuis plusieurs années. En 2016, nous explorions de nouvelles formes d’exposition avec Sites éternels qui s’appuyaient déjà sur des technologies numériques pour immerger les visiteurs dans quatre sites archéologiques du Moyen-Orient. Puis il y a eu (E)motion avec l’œuvre cinématographique de Wim Wenders et dernièrement l’exposition Pompéi. La naissance du Grand Palais Immersif reflète la maturation de ce travail de longue date !

(E)motion de Wim Wenders – Crédits – Grand Palais

Quelle est l’ambition du Grand Palais Immersif ?

Roei Amit : Dans la continuité des missions cœur de la RMN-GP, le Grand Palais Immersif a vocation à partager la culture au plus grand nombre, à parler à un large public – plateforme de collaboration et diffusion. Nous nous appuyons sur des technologies avancées tout en conservant un cadre économique viable.

Cela signifie que l’aspect immersif de vos productions se fera toujours par le prisme du numérique ?

Roei Amit : Oui parce que nous pensons que les technologies sont un support puissant pour favoriser la pédagogie et pour créer du sens pour les visiteurs. La technologie est très intéressante pour enrichir nos outils d’expression en plus de permettre un renouvellement et une fidélisation de nos publics.

Avec le Grand Palais Immersif, nous essayons réellement d’être force de proposition selon deux grands axes : la qualité et l’angle de traitement d’un sujet d’exposition pour lequel les technologies peuvent être utilisées. 

Le sujet reste primordial et est le premier élément qui rentre en compte dans la décision d’un visiteur. Nous restons une institution du domaine de la culture d’art et de patrimoine. Nous perpétuons, avant tout, les métiers fondamentaux de la RMN-GP. La technologie est un moyen : pour Pompéi nous avons principalement utilisé du mapping en grandeur nature. Pour Sites Eternels nous avons proposé des contenus en réalité augmentée … Le choix dépend du besoin, du sens et de la vision de l’exposition. 

Quels sont les grands enjeux dans la production de ces nouvelles expositions ?

Roei Amit : L’un des premiers enjeux consiste à réunir, autour d’un même projet, des compétences très différentes. Les expertises de commissaires, d’auteurs et de réalisateurs audiovisuels sont sollicitées. En plus de compter sur les compétences techniques de la régie, des compétences présentes dans le domaine de la scénographie des éléments multimédias ou encore dans le domaine du design sonore peuvent être mises à contribution ! Il nous faut toujours identifier les bons partenaires pour le bon traitement du sujet.

L’autre sujet est celui du groupement de production pour porter ces nouvelles expositions. A ce propos, nous serons très souvent dans une logique de co-production. C’est très important pour porter la vision du sujet et la décliner mais aussi pour piloter et gérer les modèles de diffusion de l’exposition. De notre côté, nous apportons l’expertise sur la production et la diffusion culturelle. Nos partenaires, eux, apportent des expertises métiers notamment technologiques.

Pour notre dernière exposition, Pompéi, il y avait 3 co-producteurs : Gédéon programme, RMN-GP, et le Parc Archéologique de Pompéi, accompagnés par d’autres partenaires comme Aristeas, spécialisé dans la modélisation 3D de patrimoine.

Et nous avons collaboré avec des artistes & créateurs ainsi que des entreprises pour créer du contenu numérique attrayant : Sylvain Roca pour la scénographie, Olivier Brunet pour la réalisation, Ferdinand Dervieux pour l’expérience en VR avec le concours d’Ubisoft notamment.

L’exposition Pompéi au Grand Palais

Quels sont les premiers retours de Pompéi ?

Roei Amit : Dans l’ensemble, le public a très bien accueilli l’exposition ! Nous avons eu plus de 200 000 entrées avec des contraintes COVID très fortes : jauge limitée, obligation de réservation en ligne, un public international absent pour cause de frontières presque fermées… C’est très encourageant !

Les retours des primo-visiteurs – ceux qui ne sont jamais allés voir d’exposition au Grand Palais – ont été excellents ! Les familles, de manière générale, ont été agréablement surprises autant sur le fond que sur la dimension pédagogique, les éléments immersifs et l’accessibilité des contenus. La dimension ludique a vraiment fait la différence.

Nous avons aussi des retours qui viennent enrichir nos réflexions. Notre public habituel a été un peu surpris par la superficie de notre exposition. Nous travaillons habituellement sur de très grandes surfaces d’exposition avec énormément d’œuvres. Ici, la surface était plus restreinte et les contenus immersifs venaient en support de quelques œuvres. Forcément, certaines personnes demandaient où était la suite de la visite ! (rire). C’est paradoxal puisqu’en terme de contenu il y en a autant que pour nos expositions dites « classiques ».

Est-ce que la courte durée et la taille réduite de cette exposition est liée à son modèle de diffusion axé sur l’itinérance ?

Roei Amit : Effectivement, les productions du Grand Palais Immersif ont vocation à être itinérantes et être exposées dans de nombreux lieux d’accueil dans le monde ! Elles pourront aller dans des musées et galeries comme le Grand Palais, ou dans d’autres espaces culturels plus hybrides.

En revanche, il faut nuancer le côté court ou petit format. Pompéi reste une grande exposition qui s’étend sur 1200m² avec un parcours linéaire d’une heure. C’est donc une exposition ambitieuse.

L’aspect itinérant rajoute une contrainte supplémentaire dès la phase de conception. Nous construisons un véritable espace architectural qui propose une déambulation et qui doit s’adapter à des contraintes de lieux différents. C’est un véritable défi.

La France a-t-elle une carte à jouer dans les industries immersives dans le monde ?

Roei Amit :  Dans le reste du monde, c’est un marché qui se développe très vite partout mais avec des traitements différents. Aux Etats-Unis et au Canada, par exemple, nous voyons beaucoup de créations qui s’orientent plus sur le divertissement immersif. Ce ne sera pas exactement notre cas. Il nous faut rester dans notre mission et notre cœur de métier culturel, artistique et pédagogique.

En France nous voyons bien que l’écosystème commence à se structurer avec des acteurs comme l’Atelier des Lumières ou le NewImages Festival. On voit de plus en plus apparaître la mention « immersive » associée à des expositions. De nouveaux modèles d’exposition commence à voir le jour notamment avec Sensory Odyssey arrivant prochainement. L’immersif n’est pas juste une tendance, c’est une transformation de fond qu’il nous faut saisir et le Grand Palais Immersif comptera dans le paysage culturel mondial.

NewImages Festival tient sa 4ème édition cet été à Paris

Merci à Roei Amit pour sa disponibilité, et à l’équipe d’UXmmersive qui a mené cette interview.

Un article proposé en partenariat avec

UXmmersive est le média francophone co-fondé par Charlotte-Amélie Veaux et Yann Garreau qui partage, analyse et décrypte le monde des expériences immersives et ses tendances.

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